Les déchets sous l'œil de Kyoto

La récente décision russe de ratifier le protocole de Kyoto mérite bien quelques lignes, tant l'événement est important. Il permet de sauver tout simplement cet accord, dont l'application était suspendue à l'engagement d'un ensemble de signataires représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.


Ceci est donc chose faite, mais quel rapport avec les déchets ?
Premièrement, les gaz rejetés par les usines, les automobiles ou les cheminées de nos maisons sont une forme de déchets résultant de l'activité humaine.
Deuxièmement, la filière industrielle des déchets sera également soumise à des quotas d'émission. Voilà encore une contrainte supplémentaire à prendre en compte dans les années àvenir, pour réduire encore et toujours la nuisance des déchets.

 


Peut-on parler d'une sociologie du tri ?

Il est une question qui taraude tous les professionnels de la filière des déchets ménagers, depuis les organismes de soutien à la collecte tels que Eco-Emballages et Adelphe, jusqu'aux centres de tri, en passant par les opérateurs de collecte : quels sont les moyens à mettre en œuvre pour améliorer le geste de tri ? Les efforts de communication, sous leur forme les plus diverses, n'ont pas manqué jusqu'à présent et se poursuivent encore : communication institutionnelle, animations à destination de publics variés, présence de nombreux opérateurs dans les salons et foires concernés, sensibilisation dans les écoles, visites d'usines de recyclage, etc … . Ces événements sont également relayés par la presse, sous forme d'articles dans les journaux et de reportages télévisés. Notons également le foisonnement de sites Internet traitant des déchets.

Si les pouvoirs publics peuvent s'enorgueillir à juste titre d'une généralisation de la collecte sélective à la quasi-totalité de la population française, cela ne signifie pas pour autant que le tri soit correctement effectué, tant sur le plan qualitatif que quantitatif.
Les témoignages des professionnels sont incroyablement riches en anecdotes, récits d'accidents ou surprises à propos des contenus issus de la collecte sélective : emballages recyclables remplis de déchets de repas, pochettes fermées contenant des matières non recyclables, … Ainsi, selon la qualité du tri effectué par le consommateur, les rebuts (appelés refus de tri) peuvent évoluer dans une fourchette de 10 % à 80 % ! Dans les cas extrêmes, il faudrait probablement alors s'interroger si le tri sélectif a encore un sens. Toujours au titre des performances de tri, il convient aussi de s'interroger sur les volumes triés. Si les articles importants en volume attirent assez facilement l'attention des consommateurs, les pots de yaourt en verre, les petits cartons d'emballage (qui entourent aujourd'hui bon nombre de produits usuels) courent le risque d'être traités de la même manière que la masse des autres déchets. Selon l'adage que " les petits ruisseaux font les grandes rivières", un flux non marginal de matière peut ainsi échapper à la collecte sélective.

C'est probablement à ce niveau que des améliorations significatives restent à effectuer. La communication a certes son rôle à jouer, mais est-elle suffisante ?
Il est certain que les résultats peuvent être améliorés, comme le montrent les taux de recyclage obtenus par les pays nordiques, modèles dans ce domaine. L'expérience déjà ancienne de ces pays - ils en sont les précurseurs - suffit-elle à expliquer l'écart de performance ? Il faut alors s'interroger sur les raisons pour lesquelles ils se sont engagés avant les autres dans ce processus. Est-ce simplement la fibre environnementale, historiquement plus développée chez les peuples du Nord ? Et d'où vient cet intérêt plus marqué pour l'environnement ?

Mais a-t-on besoin d'être sensible à l'environnement pour être un bon trieur, ou ne s'agit-il pas que d'une question de discipline ? Pour améliorer le tri sélectif, il importe donc de bien identifier le message à véhiculer. Pour cela, on en revient à la problématique fondamentale des déchets : est-ce un problème de rejet de substances polluantes dans la nature (sous forme gazeuse, liquide ou solide) ou de prélèvement en ressources naturelles, pour fabriquer de nouveaux produits ?


Dans les deux cas, il s'agit quand même bel et bien d'un enjeu écologique. Au-delà de la sensibilité environnementale, plus ou moins développée chez chacun, y aurait-il toutefois d'autres facteurs expliquant les écarts de performance individuelle en matière de tri ? La solidarité nationale, les mentalités, le comportement individuel et collectif face à la règle sont autant de paramètres qui n'ont probablement pas encore livrés touts leurs secrets et qui contiennent certainement en eux une partie de la solution.
Les déchets, quelle sacrée science !

 

Un chiffre, une date, une tendance… à déchiffrer : 30%

C'est la part des déchets dans le tonnage total de marchandises transportées en France, par la route, le fer ou les voies navigables.


Mais ce n'est pas fini ! Deux raisons permettent d'annoncer une mobilité accrue de cette catégorie de produit, dans lesannées à venir :
- l'accroissement du volume de déchets, soutenu par l'obligation de retraiter une gamme de plus en plus large de produits en fin de vie (DEEE, pneus, piles, automobiles, …)
- la technologie de plus en plus pointue des filières de recyclage, nécessitant de recourir à des entreprises spécialisées.

 

 

Xavier HEUDE

 


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